Ballade à Saint Petersbourg

Notes prises lors d’une ballade à Saint Pétersbourg

Saint Pétersbourg, ce lieu d’inspiration, où l’on se promène avec passion

Se promener à Saint Petersbourg. Qu’est-ce que ça fait du bien. Revenir à la réalité. Enfin, tout du moins, à la réalité russe. Je suis dans un « Art café » : книги и кофе ! Il y a aussi une petite salle de concert. C’est petit et à la croisée des chemins entre le “tendance et le système D”. J’ai commandé à manger, une salade César.

Les « Art cafés », il y en a plein à Saint Pétersbourg, cafés à la mode, cafés d’artistes, cafés jazz ou encore cafés concerts en tout genre… Et à peine ai-je posé le pied dans cette ville magnifique, que l’inspiration me revient, presque instantanément.

Alors j’écris, je me suis posé avec le strict nécessaire… un stylo et du papier.

Saint Pétersbourg - BalladeAlors par où commencer ? Hier, j’ai parlé un bon moment avec des jeunes. C’est vraiment très facile de faire connaissance ici. Les gens ne sont pas méfiants. Ils sont ouverts. Et ça fait une sacrée différence. Ils prennent le temps et ils n’ont pas peur de nous parler. Les deux types sont hyper sympas et ils sont plutôt à la mode. L’un des deux types, Dima a un café restaurant très sympa. Le style du lieu est vraiment agréable, très confortable. Il y a la wi-fi et la bouffe est excellente. A moins de vraiment tomber dans un taudis, ici les portions sont généreuses. L’accueil est chaleureux. Le soir les cocktails sont excellents et fournis. Nous sommes très loin de Paris ici.

En même temps j’ai été époustouflé par la rapidité du voyage jusqu’ici. Franchement, on y vient vraiment en un clin d’œil. A peine 3 heures et demi d’avion et hop ! On ne le répétera jamais assez, la Russie, c’est juste à côté. Les russes sont nos voisins et nos voisins proches. Pourtant ce voyage je l’ai fait à de nombreuses reprises…

Dima a 3 ou 4 affaires dans le coin, c’est à dire 3 ou 4 cafés restaurant à la mode avec une carte à brunch et à burgers et personnel tatoué. Dima le patron a 25 ans. C’est un business man. Tatouages, bonnet de skateur et Vans au pieds, il fait partie de cette jeunesse qui se bouge, de cette jeunesse internationale on peut dire. Mais il est russe.

Les affaires sont difficiles depuis les sanctions. Tout le monde perdu ici à peu près 40% de son pouvoir d’achat, sauf ceux qui sont encore payés en dollars ou en Euros. Mais la majorité des russes sont payés en rouble. Et pour eux la chute est plus que sensible. On dirait comme ça que tout est pareil, mais en réalité pour l’écrasante majorité des russes, tout a changé. Ils sentent que la guerre n’est pas loin. Ils le sentent tous et ils veulent tous la paix.

Je demande à Dima, celui qui est le boss ici. Il a 25 ans au fait. Il a des tatouages plein les bras. Il est très cool et modeste à la fois, cultivé, ouvert sur le monde, comme Saint Petersbourg. Et il raconte, sans se plaindre, jamais.

Tiens d’ailleurs, voilà son interview, il a gentiment accepté de répondre à mes quelques questions…
et vous pouvez suivre la transcription en russe de la vidéo en l’activant dans ses réglages…

La vie est dure ici, la corruption toujours aussi présente. Elle est tout simplement moins visible qu’avant. Tu fais rentrer de l’argent, et il faut payer la police, la sécurité et ainsi de suite… Tout le monde. Après tu finis par te payer. Mais bon, en même temps Dima me dit : « je fais partie des riches » et il se reprend «  ici il faut comprendre qu’il y a soit les pauvres, soit les riches. L’écart entre les deux est énorme. Il n’y a pas de classe moyenne ici ou très peu.

Et il continue, « ici, plus ça va, moins on est libres de penser comme on veut ». Il faut penser comme tout le monde ou les gens peuvent devenir agressifs. Ils te font des remarques désagréables. Par exemple, si tu prends le bus et qu’une grand-mère voit ton tatouage, elle va se mettre à faire le signe de croix avec un air ulcéré. C’est ça aussi la Russie. Et il me parle des gays. Il me dit « ici, il y a plein de gays qui ont des ennuis. Par exemple, un type repère un gay. Alors il peu se mettre à le suivre un moment pour le coincer, le bastonner au minimum, voire même le tuer ». Et il me dit : «  c’est arrivé à une amie, lesbienne, elle a été suivie. Le type est entré dans sa voiture et l’a égorgée. » Et à mesure qu’il me raconte tout ça, je redescends sur terre.

Venant de Paris, je lui explique que je trouve l’ambiance légère, qu’il n’y a pas du tout d’agressivité perceptible, dans les rues, dans les transports, en comparaison.

Et il continue à raconter son pays. « Je suis un opposant à Poutine », nous sommes à peine trois jours après l’assassinat de Nemtsov. « De plus en plus de lieux culturels pour les jeunes ferment. Iles ferment les uns après les autres. Il y a 4-5 ans, franchement, ça allait plutôt bien ici. Mais maintenant, avec cette crise, c’est devenu compliqué. Et ils sont tous partis ». Comment ça ? Qui ça ? « Tous ceux qui pensent, qui créent, les artistes, écrivains, tous ceux qui pensent autrement sont déjà partis à l’étranger. » Quoi, sérieusement ? « Oui, il reste seulement ceux qui n’ont pas les moyens de partir. Et moi aussi , je ne veux plus rien faire ici. Je vais bientôt à New York. C’est un rêve de gamin que je vais réaliser. Et j’aimerais vraiment partir vivre en Amérique. Les Simpsons, Southpark, le cinéma américain…

Intéressant. Je sais que tout ce qu’il me dit est sincère. C’est du vécu. Dima est un mec plutôt connecté à la réalité. Bien sûr, je suis loin du parcours touristique déjà. C’est l’envers du décors. Et il me dit encore.

Ici, c’est le centre de Saint Pétersbourg. C’est un peu comme le centre de Moscou. On y vit bien. Les gens y sont à peu près civilisés. Mais dès que tu t’éloigne un peu, c’est vraiment sauvage, sans fois ni loi, très pauvre. Et je ne te parle même pas du reste du pays.

Dima vient d’une grande ville de Sibérie, de Novossibirsk et il m’explique que là bas les jeunes qui font la fête boivent tous une saloperie de cocktail à base de caféine et d’un truc chimique qui leur pourrit le cerveau. Beaucoup d’entre eux en boivent, c’est un carnage.

Son ami Timur, lui, vient d’Asie Centrale. Il est blanc, comme vous et moi. Il a une barbe, oui, bon. Il ne fait pas très russe, mais franchement, ça ne choque pas. Il m’explique l’attitude des russes par rapport à lui et aux autres « immigrés » comme lui, si l’on peut dire. Ils sont vraiment racistes. Il a par exemple des difficultés pour tout. Pour vivre, pour louer un appartement, pour trouver un job pour faire ses formalités administratives.

Pourtant le type est vraiment sympa, bosseur et bienveillant. Il a lui aussi accepté de répondre à quelques questions ici :

C’est même parfois dangereux pour sa propre sécurité. Par exemple, il y a beaucoup de skin heads (à l’ancienne) et ceux là peuvent être très violents. Et je vous le confirme, j’ai déjà vu ces mecs à l’œuvre au moins une fois. Il faut le voir pour le croire. Ils ont des croix gammées et des tatouages nazis tatoués dans le cou, sur les bras, le crâne rasé… De vrais gueules de tordus. Et ils s’en prennent à tout ce qui ressemble à un étranger, mais plutôt foncé, de préférence dans des endroits où il n’y a pas grand monde. Le racisme ordinaire en Russie… Alors on peut assister à un salut nazi dans une station de métro, tout d’un coup, juste comme ça, parcequ’un groupe de skins head croise une ou deux personnes “de couleur”… l’effet est Impressionnant et glaçant. En général, personne ne bronche.

Bien sûr, si vous venez ici, et je vous le recommande vraiment (en vous méprenez pas), vous ne verrez probablement rien de tout ça, sauf si vous êtes “de couleur”. Et encore, en tant que français, on vous respectera dans 98% des cas. Et puis, les sites touristiques ou populaires, c’est pas vraiment leur truc à ces dégénérés là.

Comme français, on vous ouvrira les portes, vous êtes les bienvenus et vous rentrerez chez vous avec les meilleurs souvenirs, inoubliables, vraiment. Vous allez rencontrer des personnes exceptionnelles, qui vous ouvriront leur pay, leur culture… immense.

Enfin, voilà, n’oubliez pas pour autant qu’il y a l’envers du décor. Derrière les dorures et les musées, il y a la Russie dure et crue, la vraie Russie, ou plutôt celle du commun des mortels.

Alors au moins une fois durant votre séjour, tout du moins si vous vous sentez d’attaque (y’a pas de raison), éloignez vous un peu du centre, allez en banlieue ou dans la campagne proche. Soyez attentifs et observateur, soyez curieux et respectueux.

Vous verrez là tout autre chose. Vous verrez la Russie loin des vitrines, telle qu’elle est… aussi.

 

Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans l’envers du décors chez les russes ? Dites le moi ci-dessous dans les commentaires ^^

8 Commentaires

  1. Gilles Petitdemange

    Bonjour, pas vraiment surpris, il faut dire que je passe, depuis 2011, 3 mois par an à St Petersbourg. Je n’ai jamais vu de violences racistes, mais j’ai souvent ressenti, au travers de conversations, que les personnes de “couleur” ne sont pas très appréciées ici.Même chose au sujet de l’homosexualité, pas trop de tolérance.
    Et pour ce qui est de sortir de la ville, quel contraste en effet!
    J’ai l’impression que le temps s’est arrêté dans les campagnes…maisons à l’abandon, routes défoncées…
    Mais ce qui me surprends à chaque fois, c’est le calme apparent des russes dans la plupart des circonstances. Pour exemple, je me rappelle fin décembre 2014 les queues interminables dans les stations de métro pour acheter des jetons. Le prix du jeton passait de 28 à 31 roubles au 1ier janvier 2015 et les guichetières refusaient d’en vendre plus de 2 à chaque fois (pour éviter que les gens fassent des stocks?). Les gens attendaient dans le calme leur tour, sans rouspéter…

    Réponse
    • Elena

      Vous avez raison, la tolerance ce n*est pas notre dada. Et les queues interminables il y a 20 ans prenaient 3-4 heures,nous sommes tres patients.

      Réponse
  2. annemarie

    J’ai vécu en Arabie il y a 20 ans déjà, en Iran la dernière année du règne du Shah, au chili sous Pinochet, au Kénya dans le milieu des années 80 et il y avait beaucoup de différence entre les grandes villes et la campagne profonde, et il y a pas mal de différence entre les quartiers chic de nos grandes villes et les banlieues de chez nous , pourquoi serait -ce différend en Russie ?

    Réponse
    • Thomas

      Bonjour Anne Marie,

      et merci pour ce commentaire 🙂
      Bien sûr il y a toujours une différence entre villes et campagnes. Je ne dis pas que la Russie est seule dans ce cas là.

      En revanche, le contraste saisissant entre les deux dans ce pays sont uniques et très impressionnants pour ceux qui ne voyagent pas autant que vous ^^

      Réponse
  3. auguey

    Oui il y a de la violence en Russie, ce pays est différent, j’aime aller en Russie et j’aime beaucoup les Russes il ne sont pas tous violents, voila une anecdote, je suis pour quelques jours a Penza (700 Km de Moscou) c’est bientôt le jour de l’an, je suis dans l’appartement au 14 eme étage, je sort fumer une cigarette sur le balcon des parties communes, il fait -20°, il y a 3 jeunes gents qui boives de la vodka, puis je rentre et 1h plus tard la police sonne a la porte et demande si j’ai vu quelque chose de particulier, je dit que non et ils me disent que un jeune homme est tombé de cette étage et que sa veste est sur le balcon, je pense que les deux autres l’on jeté en bas car la discutions été très animée, ce qu’il faut retenir , quand un Russe dit que tu as tord reste très modérer dans tes paroles et tout va bien. a la campagne les gents sont très ouvert un jour une vielle dame a dit de moi que j’étais sympathique car je lui ai dit bonjour , j’ai beaucoup d’autres anecdotes, surtout j’aime beaucoup la Russie et les RUSSES……………….

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    • Thomas

      Merci Auguey pour ce message,

      oui, il peut se produire des événements assez durs chez les russes.

      ça n’empêche pas d’aimer le pays et d’aimer les russes… qui sont pour la plupart loin de ces violences là.

      ^^

      Réponse
  4. Gégé

    Merci pour cette “tranche de vie” en Russie. Ici dans le nord de la France je fait du sport depuis toujours, cependant lorsque je m’éloigne de 30 km de la grande ville principale pour m’enfoncer dans la campagne j’ai droit à des réflexions indignées … parce que nous sommes en minishort !
    Les gens des campagnes semblent vivre au rythme de la nature partout dans le monde.

    Merci pour le témoignage de Timour : je compte ouvrir un atelier de fabrication métalique en Russie car en Europe les innovations technologiques ne sont pas bien pour les petits entreprenneurs.
    Cependant, si la fiscalité des entreprises est plus intéressante en Russie, il me déplairait que l’économie réalisée se vaporise en taxations occultes telles décrites par Timour.
    Alors est-ce que cela vaut le coup de s’installer là-bas ?

    D’autre part j’ai les cheveux longs en étant hétéro : est-ce que je risque quelque chose quand même ?

    En fait : peut-on aller vovre en Russie si on ne connait pas quelqu’un sur place ? C’est difficile de rencontrer une femme Russe LIBRE de 30 ans en France.

    Réponse
    • Thomas

      Bonjour Gégé, et merci pour ce commentaire,

      pour te répondre, la Russie, c’est comme partout, il vaut mieux connaitre des gens là où l’on s’installe en général je dirais,

      surtout quand on ne connait pas bien la langue… c’est peut être votre cas ?

      Après pour les cheveux long, aucun problème, je veux dire, pas plus qu’ailleurs.

      Après on est jamais à l’abri d’un cinglé, comme partout 😉

      Réponse

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