Portrait – Alexandre Kateb, spécialiste de la Russie et des pays émergents

Portrait – Interview

Aujourd’hui mon invité est Alexandre Kateb.

Je lui ai demandé cette interview pour qu’il nous parle de son parcours en et avec la Russie et de ses projets. Alexandre Kateb est spécialiste des pays émergents et de la mondialisation. Il a vécu en Russie plusieurs années et a écrit un livre. L’interview nous a permis de mieux cerner les grands défis qu’attendent la Russie et de préciser la place de la Russie parmi les grands pays émergents.

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Thomas : Salut, salut ! C’est Russie.fr, aujourd’hui je suis avec Alexandre Kateb, spécialiste de Russie et de bien d’autres sujets. On va échanger un petit peu avec Alexandre ce soir. Alexandre, salut !

Alexandre Kateb : Salut !

Thomas : Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Alexandre Kateb : Bien sûr, je m’appelle Alexandre Kateb. Je suis économiste, je dirige un cabinet de consulting et je suis également l’auteur d’un livre sur les pays émergents dont la Russie.

Thomas : Comment s’appelle ton cabinet ?

Alexandre Kateb : Mon cabinet s’appelle Compétence Finance.

Thomas : Compétence Finance, d’accord. Qu’est-ce qui t’a amené à la Russie au départ ?

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Alexandre Kateb : J’ai des origines russes, puisque j’ai une maman russe et je suis né en Russie, à Saint Petersbourg. Donc je peux dire que je suis tombé dedans quand j’étais petit en quelque sorte. Voilà.

Thomas : Donc tu es né en Russie et de culture française ?

Alexandre Kateb : Disons que j’ai une double culture ou une triple culture, puisque j’ai grandi dans la culture russe à la maison.

Thomas : Jusqu’à quel âge ?

Alexandre Kateb : Ah, jusque dans l’adolescence. On a toujours parlé russe à la maison.

Thomas : Et tu as vécu en Russie jusqu’à quel âge ?

Alexandre Kateb : J’ai vécu en Russie jusqu’à deux ans, alors je suis parti assez tôt. Ensuite je suis allé vivre quelques années en Algérie et ensuite je suis arrivé en France où j’ai vécu l’essentiel de mes années.

Thomas : D’accord, donc tu es arrivé à la Russie par ta naissance en fait.

Alexandre Kateb : Tout à fait.

Thomas : Et donc, il y a un moment où tu y es retourné ?

Alexandre Kateb : Oui

Thomas : Tu as fais tes études à quel endroit ?

Alexandre Kateb : J’ai fais mes études en France, mais j’y suis retourné en 2002 pour faire ce qu’on appelle un Volontariat International, à l’Ambassade de France  à Moscou.

Thomas : Donc tu es parti pour un an et demi, deux ans ?

Alexandre Kateb : Voilà, je suis parti pour un an et demi et je me suis occupé à l’Ambassade de relations bilatérales franco-russe dans le domaine scientifique et technologique.

Thomas : Qu’est-ce que tu as fais à la suite de cela ? Est-ce que tu es resté sur place, est-ce que tu es retourné depuis en Russie ?

Alexandre Kateb : Je suis retourné plusieurs fois en Russie dans le cadre de mes activités professionnelles, puisque j’ai développé une activité de conseil et d’accompagnement des entreprises françaises vers la Russie et d’autres pays émergents que je connais aussi. La Russie fait partie des pays que je suis d’un point de vue professionnel et personnel aussi depuis assez longtemps.

Thomas : Donc la Russie est pour toi un pays parmi plusieurs plusieurs pays émergents. Tu peux nous dire quels sont ces pays ?

Alexandre Kateb : C’est l’un des grands pays émergents. Mon livre porte sur les BRICs, Brésil Russie, Inde, Chine. On peut aussi y inclure l’Afrique du Sud, la Turquie, l’Argentine. Bref, il y a une vingtaine ou une trentaine de pays émergents. La Russie bien évidemment fait partie des plus grands pays émergents tant par sa superficie que par sa puissance économique et donc c’est un acteur qui compte aujourd’hui.

Thomas : Cela nous fait une transition toute trouvée parce que tu as écris un livre qui explique pourquoi les BRICs changent le monde c’est bien cela ?

Alexandre Kateb : C’est bien cela. C’est un livre qui remet en perspective un peu cette notion de pays émergent, notamment ces quatre grands pays émergents que sont les BRICs, et qui montre comment ces pays se sont développés, et comment ils ont réussi à incarner aujourd’hui une alternative par rapport aux Etats-Unis et à l’Europe et apparaître vraiment comme de nouveaux pôles de puissance.

Thomas : Et l’idée du livre t’es venue comment ?

Alexandre Kateb : L’idée du livre m’est venue par mes origines personnelles et les voyages que j’ai pu faire en Russie, en Chine, en Inde, en Amérique Latine… Et puis d’un point de vue professionnel, puisque j’ai été amené à travailler sur ces questions d’économie des pays émergents, de développement, en tant qu’économiste à la Banque de France et au sein du groupe BNP Paribas. Donc je me suis intéressé à ces pays et me suis passionné pour les grands pays émergents.

Thomas : Pour en revenir un peu à la Russie, puisque c’est le pays de BRICs qui nous intéresse le plus aujourd’hui, qu’elle est la vision, à ton avis, des Français par rapport à ce grand pays qu’est la Russie et quelle est la vision des Russes sur les Français ?

Alexandre Kateb : Je dirais que la vision en France sur la Russie, c’est pas mal de clichés. Il y a des clichés qui peuvent être positifs, qui sont associés à l’âme russe, aux grands espaces, à tout ce qu’on connaît. Et puis aussi malheureusement des clichés négatifs sur l’alcoolisme, sur la corruption, sur la Mafia, etc. Finalement, il y a vraiment énormément de clichés et de méconnaissance des Français par rapport à la Russie. Inversement je dirais que les Russes ont une image un peu romantique de la France qu’ils associent beaucoup à Paris déjà, puisque visiter Paris c’est un peu le rêve de tout Russe qui se respecte et qui veut aller en France.

Thomas : oui

Alexandre Kateb : Et puis par rapport à tout ce qu’on peut connaître de la culture française, les russes sont vraiment très portés sur la littérature, sur la musique, et donc ils apprécient un peu tout ce patrimoine français. Et puis aussi sur le savoir-vivre, les produits de luxe, les parfum, etc…

Thomas : D’accord. Je comprend par ce que tu me dis que les Français ont une vision décalée de la Russie d’aujourd’hui et inversement, c’est bien cela ?

Alexandre Kateb : C’est cela oui.

Thomas : Et à quoi c’est dû, à ton avis, toi qui connaît bien les deux pays ?

Alexandre Kateb : Je pense que c’est dû d’une part à une absence d’intérêt finalement des Français par rapport à ce pays qui leur semble un peu loin. Et inversement, les Russes ont un peu plus de curiosité peut être vis à vis de la France, mais ils ont connu des années difficiles ce qui fait qu’aujourd’hui ils ont une vision un peu décalée par rapport à la réalité de la France d’aujourd’hui.

Thomas : D’accord. Quels seraient d’après toi les grands défis actuels de la Russie ?

Alexandre Kateb : Alors, il y a un grand défi qui est le défi démographique puisque la Russie connaît un déclin démographique. il y a une perte de population, avec une espérance de vie qui est très en deçà de ce qu’on peut connaître en Europe occidentale, qui est lié à tout un nombre de facteurs assez complexes et aussi à des paramètres comme la mortalité infantile qui sont supérieurs à ce qu’on a dans les pays occidentaux. Et puis c’est lié au fait que les Russes font de moins en moins d’enfants, se marient beaucoup plus tard, ce qu’on retrouve dans des pays comme l’Allemagne ou le Japon. C’est vraiment le premier grand défi, le défi démographique.

Thomas : Est-ce qu’il est aussi important qu’il y a une dizaine d’années ? Je me souviens, il y a à peu près dix ans, on disait que la population russe perdait pratiquement un million de ses habitants par an, pas par émigration, mais par ce problème démographique. Est-ce que c’est toujours aussi important aujourd’hui ou est-ce que ça commence à se résorber un peu ?

Alexandre Kateb : Cela commence à se résorber, puisque les Russes vivent mieux aujourd’hui. Ils ont beaucoup plus confiance en l’avenir. Et puis tout ce qui a trait à la santé publique et aux conditions de vis s’est quand même amélioré depuis une dizaine d’années. Donc ce problème de la mortalité notamment à baissé. Et aujourd’hui les Russes aussi font appel à plus d’immigration de la part des autres républiques soviétiques ou ex soviétiques, ce qui fait que cela compense finalement un peu ce déclin démographique.

Thomas : D’accord, il y a un appel à l’immigration en Russie pour compenser le problème démographique ?

Alexandre Kateb : Il y a en tout cas une immigration de fait, puisque la Russie comme beaucoup de pays qui ont atteint un certain stade de développement attire des populations de pays moins développés. Alors en même temps cela n’empêche pas qu’il y ait un très fort sentiment nationaliste qui est aujourd’hui porté par une certaine frange de la population qui est assez inquiétant d’ailleurs. Ce sentiment est utilisé et instrumentalisé de temps en temps par les pouvoirs en place même si globalement les Russe sont plutôt un peuple accueillant et ouvert sur le monde. Mais effectivement, il y a cette nouvelle réalité qui est celle de l’immigration, dans un contexte qui n’est plus celui de l’époque soviétique.

Thomas : Est-ce que les Russes font surtout appel à une immigration des ex-républiques soviétiques ou est-ce que cela va au delà encore ?

Alexandre Kateb : C’est surtout une immigration ex-soviétique mais on a aussi une immigration qui vient du Moyen Orient, notamment de pays comme l’Irak, comme l’Afghanistan. Il y a également une immigration qui commence à venir d’Afrique. Ce sont vraiment des tendances très nouvelles pour la Russie et qui amènent les russes à se poser pas des questions qu’on se pose dans d’autres pays comme la France ou l’Allemagne sur ces thèmes.

Thomas : … puisque finalement la Russie en a besoin.

Alexandre Kateb : La Russie en a besoin. On s’aperçoit que les Russes ne veulent plus faire un certain type de métiers et que sur ces métiers là, il n’y a que les émigrés qui sont capables de pourvoir ces postes. Donc la Russie a un vrai besoin d’immigration, notamment compte tenu de ce problème démographique qu’elle traverse actuellement.

Thomas : Alors tu me disais que c’était le premier grand défi qui attend la Russie, est-ce que tu en vois d’autres en ce moment ?

Alexandre Kateb : Bien sûr. Il y a un défi important au niveau économique : c’est de diversifier les structures économiques qui sont aujourd’hui essentiellement basées sur l’exploitation de la rente des hydrocarbures. Toute l’économie recycle finalement les recettes des hydrocarbures, du pétrole et du gaz.

Thomas : La fameuse rente pétrolière, énergétique…

Alexandre Kateb : Voilà, la fameuse rente énergétique ou pétrolière. Et on sait bien que ce modèle n’est pas tenable à long terme, parce que l’amélioration des niveaux de vie passe par l’industrialisation, par l’innovation donc, et dans ce domaine où l’URSS était quand même il faut le rappeler l’une des plus grandes puissances industrielles au monde, il y a eu un recul énorme. Tout l’enjeu aujourd’hui est de remettre en route cette capacité d’innovation et aussi de transformation de cette innovation en produits que les Russes pourront exporter dans le  monde entier.

Thomas : Alors est-ce que tu vois d’autres défis en dehors du défi démographique et du défi économique ?

Alexandre Kateb : Oui, bien sûr. il y a aussi le défi lié au développement durable…

Thomas : … on va y venir. On va y venir tout de suite. J’ai juste une petite question avant. Est-ce que les entreprises françaises ont encore de belles opportunités à trouver en Russie et si oui, dans quels domaines ?

Alexandre Kateb : Tout à fait, je pense que les entreprises françaises sont finalement assez peu présentes en Russie, mis à part les très grandes qui sont là, mais du fait de cette méconnaissance de la Russie, du fait de ces clichés un peu négatifs, finalement les entreprises françaises n’osent pas franchir le pas et aller sur ce marché, qui est quand même aujourd’hui l’un des marchés les plus intéressants compte tenu de la grandeur du pays, de la taille de la population et puis de tous les besoins qu’il y a au niveau des infrastructures, au niveau du développement des services. Et là dessus je pense qu’il y a une vraie carte à jouer en France qui est peut être sous estimée à l’heure actuelle.

Thomas : Sans aucun doute. J’ai envie de te poser une question  qui me brûle un peu les lèvres. Pourquoi cette carte n’est pas jouée du coup ? Qu’est-ce qu’attendent les Français ?

Alexandre Kateb : Je pense qu’il y a un côté un peu frileux en France aujourd’hui’. On se replie un peu sur notre pré carré et on a du mal à aller beaucoup plus loin que ce que l’on connaît. Et c’est un peu dommage parce que les Allemands, les Italiens, les Coréens, et d’autres grands pays n’hésitent pas à aller en Russie, ainsi que dans des pays comme l’Ukraine ou le Kazakhstan.

Thomas : Il s’y implantent et ils créent des emplois…

Alexandre Kateb : Exactement, ils créent des emplois, ils créent des investissements, ils participent au développement du pays et les Français sont un peu plus réticents. Je pense que c’est aussi un problème beaucoup plus général. Ce n’est pas seulement lié à la Russie, mais de manière plus générale à un malaise en France vis à vis de la mondialisation.

Thomas : D’accord. Pour le troisième défi, tu parlais de développement durable. C’est assez intéressant puisque tu sais que c’est l’une des thématiques abordées sur Russie.fr. Quel est ce défi du développement durable en Russie ?

Alexandre Kateb : Oui effectivement, je suis un peu Russie.fr et c’est l’un des thèmes que je partage. Sur ces problématiques de développement durable, notamment d’efficacité énergétique, de protection de la nature, sur lesquelles les Russes pourraient être pionniers compte tenu de leur patrimoine naturel, mais aussi de leur potentiel technologique, finalement ils sont un peu en retrait et c’est dommage.

Thomas : Tout à fait. C’est un petit peu dans leur culture aussi d’aller en forêt, d’aller en balade, d’aller dans les sanatoriums, il y a quand même une question de bien être et de santé.

Alexandre Kateb : Oui les Russes aiment beaucoup la nature. Quelques part cela fait partie intégralement de l’”âme russe”, enfin de la personnalité russe. La datcha, c’est très important par exemple en été, c’est la maison de campagne…Mais par rapport aux grands enjeux que sont la protection de l’environnement, de la lutte contre le changement climatique, il n’y a pas encore de prise de conscience vraiment très forte au niveau étatique. Et je pense que ce sera l’un des défis de l’avenir.

Thomas : Tu veux dire qu’on n’assiste pas encore à de grands projets ou à de grandes réformes au niveau du gouvernement. Il n’y a pas vraiment encore de système d’incitations comme il commence à y avoir en France ou dans d’autres pays européens ?

Alexandre Kateb : Non, c’est vrai. C’est aussi lié à un problème de moyens je pense, puisque cela nécessite de gros investissements. Pour mettre à niveau toutes les infrastructures, notamment dans le domaine énergétique, dans les services collectifs, le traitement de l’eau et des déchets etc.. Mais c’est aussi une mentalité, une culture parce que les Russes ont toujours vu leur pays comme très grand comme inépuisable quelque part. Et ils n’ont pas peut-être cette conscience des limites de la nature, des limites des ressources naturelles.

Thomas : Je profite de ta présence puisque tu connais non seulement la Russie, mais les grands pays émergents au sens large, d’où l’écriture de ton livre dont tu peux rappeler le titre…

Alexandre Kateb : Oui. “Les Nouvelles Puissances Mondiales – Pourquoi les BRICs changent le monde ?”

Thomas : Voilà donc je profite de ta présence pour te demander ce qu’il en est du développement durable dans les autres grands pays émergents aujourd’hui et de la Russie par rapport à eux ?

Alexandre Kateb : Oui c’est très intéressant, puisque finalement le développement durable, on a tendance à penser vu de France que c’est une thématique qui concerne essentiellement les pays développés. Mais en fait c’est faux. Aujourd’hui, les initiatives les plus intéressantes ont lieu dans ces pays émergents, notamment la Chine. La Chine investit énormément sur les énergies renouvelables avec plus de 50 milliards de dollars d’investissements  par an dans la recherche et développement sur l’éolien, sur le solaire. Et la Chine se positionne  pour devenir le leader mondial sur ces technologies, et aussi sur les voitures électriques par exemple. On prévoit qu’à l’horizon 2020-2025, le premier parc de voitures électriques au monde sera en Chine.

Thomas : Oui…

Alexandre Kateb : Le Brésil aussi, c’est un pays qui a énormément investi sur les énergies renouvelables et très tôt. Notamment parce qu’à une certaine époque il n’avait pas assez de pétrole et donc il a imposé les biocarburants pour tout le parc automobile. Il exploite aussi énormément d’énergie à partir de ses barrages, donc de l’énergie hydroélectrique renouvelable. Et puis le Brésil aujourd’hui se soucie de la préservation de la forêt amazonienne. Même si la aussi comme en Russie, les Brésiliens avaient tendance à penser que leur pays était très grand et donc qu’ils pouvaient faire un peu ce qu’ils voulaient, et parfois n’importe quoi par le passé. Aujourd’hui ils commencent à réaliser que c’est un trésor et qu’il faut le garder non seulement pour eux, mais aussi pour la planète. Donc il y a vraiment des initiatives très intéressantes tant du point des vue des technologies et du point de vue des modèles d’organisation innovants qui sont en train de se mettre en place, de l’utilisation d’internet, des réseaux sociaux. Il y a vraiment des choses passionnantes qui se passent à ce niveau là.

Thomas : Et en Russie on attend un peu les grands projets, mais ils ne sont pas encore là.

Alexandre Kateb : En Russie on attend encore les grands projets. Il y a le lobby des hydrocarbure qui freine un peu les progrès puisque cela les touche directement. Il y a beaucoup d’industries lourdes en Russie, que ce soit les hydrocarbures, l’acier, l’aluminium, qui sont de très grands émetteurs de CO2 et de déchets toxiques. Et effectivement ces lobbys qui ont un poids politique important aujourd’hui  freinent la prise de conscience. Mais en même temps il y a beaucoup d’initiatives qui émanent des citoyens à la base. On le voit dans les mouvements de la société civile qui commencent à émerger en Russie. On voit que c’est une tendance lourde et qui va se développer dans les années qui suivent.

Thomas : Ok, c’est intéressant, très intéressant. Tu m’a parlé d’une initiative russe très orientée business et innovation justement. Peut être le chaînon manquant ou en tout cas l’un d’entre eux. On entend parler en ce moment d’une Silicon Valley russe qui serait en projet, est-ce que tu peux nous en dire un mot ?

Alexandre Kateb : Tout à fait, c’est le Président Medvedev qui a vraiment insisté pour développer cet équivalent de la Silicon Valley en Russie. C’est dans une ville proche de Moscou qui s’appelle Skolkovo. Et l’idée c’est d’attirer les plus grandes multinationales dans les domaines des nouvelles technologies, les Microsoft, les Google etc… et aussi d’attirer les meilleurs étudiants russes pour qu’ils créent des startups, pour qu’ils développent des projets innovants, et de créer une alchimie entre ces brillants cerveaux russes qui sont réputés dans le monde entier  et puis cette capacité qu’on les Américains, les Coréens, le Israéliens et d’autres pays comme ça en matière de valorisation des technologies.

Thomas : C’est assez intéressant, je crois que c’est un projet qui est en cours, le chantier est ouvert ?

Alexandre Kateb : Tout à fait, le chantier est ouvert. Il y a des appels aux investisseurs étranger. J’en profites d’ailleurs pour relayer un peu le message. Puisque moi même, j’ai fondé le Club Emergences dont le but est de rapprocher les responsables économique des pays développés et notamment européens avec ceux des pays émergents et effectivement, ce projet de Skolkovo fait partie de nos coups de coeur. Dans ce cadre, on espère vraiment que cela va susciter des investissements parce qu’il y a un potentiel important à ce niveau en Russie.

Thomas : D’accord Skolkovo pour le rappeler, c’est à combien de kilomètres de Moscou à peu près ?

Alexandre Kateb : C’est à une centaine de kilomètres de Moscou, peut être un peu moins. Mais en tout cas, c’est un site qui possède de véritables avantages en termes humains. Il y a une académie des nouvelles technologies, il y a beaucoup d’oligarques russes aussi qui s’intéressent au projet et donc j’espère que ce projet va pouvoir se concrétiser.

Thomas : D’autant que j’ai cru comprendre que la Silicon Valley russe allait peut être devenir une vitrine du développement durable pour le reste de la Russie. Est-ce que tu crois qu’il y a une volonté politique derrière cela ?

Alexandre Kateb : Tout à fait, effectivement cette composante développement durable est présente, puisque ça fait aussi partie des technologies du futur. L’idée c’est d’arriver à un bilan zéro émissions carbone ou presque, d’en faire une sorte de vitrine et de dynamo pour entraîner tout le reste de la Russie sur ce terrain.

Thomas : Tu as aussi un blog ? Comment s’appelle-t-il ? Est-ce que tu peux nous donner son adresse ?

Alexandre Kateb : Oui, mon blog c’est très simple, c’est http://www.alexandrekateb.com. Sur ce blog, je développe des réflexions sur les pays émergents, sur l’économie européenne et plus généralement sur l’économie mondiale, et puis vous allez pouvoir retrouver toutes sortes d’interviews, d’informations pour les gens qui s’intéressent à ces questions de mondialisation, de compétitivité économique…

Thomas : Juste pour finir tu parlais d’un Club Emergences pour relier les différents pays émergents avec les décideurs européens. Où est-ce qu’on peut trouver les contacts de ce club ?

Alexandre Kateb : Ce club a un site internet. C’est http://www.clubemergences.com. Vous pourrez avoir un aperçu de nos activités, sachant qu’on s’adresse plutôt à un public de cadres supérieurs d’entreprise, mais on a aussi des newsletters qui peuvent intéresser plus largement d’autres personnes qui s’intéressent aux pays émergents.

Thomas : Très bien. On ne manquera pas de mettre les liens à la suite de cet article comme d’habitude. Est-ce que tu voulais dire un dernier mot pour conclure ?

Alexandre Kateb : Je voulais simplement dire que j’invitais l’ensemble des personnes qui s’intéressent à la Russie vraiment à y aller, parce que c’est un pays magnifique, c’est un pays qui offre énormément d’opportunités et finalement c’est un pays qui reste relativement méconnu.

Thomas : Alexandre Kateb, je te remercie beaucoup.

Alexandre Kateb : Merci Thomas de m’avoir invité, et puis on espère une longue vie à Russie.fr !

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4 Commentaires

  1. CHAMPION

    Monsieur,

    Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant. Les entreprises françaises semblent en effet assez peu présentes en Russie et cela m’amène à poser cette question aux spécialites du sujet qui pourraient me lire. Est-il crédible aujoud’hui de partir en Russie, tel un VRP ou un agent commercial, et représenter un ensemble de quelques entreprises non concurrentes désireuses de tenter leur chance à l’export pour rencontrer, présenter, proposer des produits français ? Et quels seraient plutôt les familles de produits ou services français à proposer en plus de ceux culturellement connus (mode, parfums…) ?
    Je voudrai représenter en Russie des entreprises, petites ou moyennes, peut-être frileuses et qui ne commercent pas avec la Russie. J’ai besoin de conseils, commentaires, d’idées car je ne suis pas spécialiste de la Russie même si j’y ai résidé quelques mois par le passé.

    Vous remerciant par avance pour vos commentaires.

    Frédéric [email protected]

    Réponse
  2. Thomas Béguin

    Bonjour Frédéric,

    merci pour ce retour très positif.
    Si tu as quelques entreprises qui sont prêtes à te suivre et un budget à disposition, alors j’ai envie de dire “allez-y”, mais par contre, préparez bien votre voyage. A minima pour une première mission réussie, il vous faut prévoir une série de rendez-vous à l’avance et bien préparés, disons une dizaine sur une semaine. Il vous faut une documentation complète et en langue russe, une offre cohérente, dont vous aurez pu mesurer l’intérêt pour le marché russe au préalable. C’est indispensable, ne serais-ce que pour montrer à vos interlocuteurs Russes que vous êtes prêt pour ce marché, que vous n’êtes pas là que pour une mission, comme pour optimiser votre temps.
    Les Russes veulent pouvoir compter sur vous. Ils reçoivent des offres de multiples démarcheurs de toutes nationalités et ils prennent bien évidemment les offres les plus attractives pour eux. Ils veulent aussi des relations durables chez leurs partenaires. Un business en Russie peut se faire et il existe encore beaucoup d’opportunités. En même temps, les marchés se structurent et la Russie se professionnalise.
    Donc première chose : créer une offre attractive et complète sur laquelle vous serez prêt à négocier (approvisionnement, douane, distribution, commercialisation…).
    Second conseil, créez-vous progressivement un réseau de professionnels, par exemple d’entrepreneurs actuellement ayant un business en Russie. Les Italiens et les Allemands réussissent beaucoup mieux que nous, car ils utilisent leurs réseaux. Ils ne partent pas tout seul. Le relationnel fonctionne à plein régime et en cas de pépin, ils savent comment débloquer une situation, trouver des solutions ou des conseils parmi les membres de leur réseau.

    Tout en préparant ce projet, je te conseille aussi de fréquenter les milieux d’affaire franco-russe, par exemple via une association qui en rassemble régulièrement, où il est facile de rencontrer des intervenants, parfois de très haut niveau. Je citerai le Cercle Kondratieff et le Groupe Europe de l’Est de l’ESCP, comme Ubifrance, qui organise chaque année les Rencontres Russie avec une bonne partie de la communauté d’affaire française, présente en Russie.

    En parallèle, si vous connaissez le russe, servez-vous en. Envoyez des mails en Russie. Listez des contacts potentiels en surfant sur Yandex et Google. En général, sur une demande ou une proposition claire, ils vous répondront.

    Voilà les idées qui me passent par la tête. Cela devrait te donner quelques pistes. Et surtout, n’hésites pas à nous tenir au courant des suites de ton projet.

    Réponse
  3. CHAMPION

    Bonjour

    Je te/vous remercie pour cette réponse. Désolé de ne pas l’avoir commentée plus tôt mais lorsque j’allais sur Russie.fr, je ne trouvais pas de réponse à mon commentaire car l’article sur Alexandre Kateb dans lequel j’avais laissé une réponse ne s’y trouve plus… Je me suis dit que peut-être trouverais-je une réponse si je retrouvais le lien que tu m’avais envoyé dans mes messages supprimés…. Et en effet, je l’ai retrouvé… (A ce sujet y-a-t-il un moyen d’accéder aux anciens articles ayant été diffusés historiquement sur ton site et qui ne s’y trouvent plus dorénavant ?)

    Je te remercie sincèrement pour ces commentaires qui vont m’être bien utiles pour commencer à réfléchir, organiser mon projet qui doit bien sûr ne pas rester théorique et s’appuyer sur un réseau à mettre en place. C’est avec de bons conseils pragmatiques que je souhaite m’organiser. Bien entendu, je te tiendrai au courant de l’avancée ou non de ce projet de représentation d’entreprises bretonnes. Premiers temps du projet : rencontrer des entreprises bretonnes de qualité n’ayant pas de courant d’affaires vers cette géographie afin de sonder leur éventuel intérêt d’exporter, voire de me confier cette tâche ainsi que les moyens pour y parvenir. Merci encore pour tous ces premiers bons conseils ou idées. Je vais me rapprocher de l’ex CFCE (Ubifrance) pour obtenir de l’information, et peut-être aussi, si cela est possible, de contacter le cercle Kondratieff et l’ESCP afin de communiquer sur mon projet.

    A bientôt j’espère.

    Cordialement,

    Réponse
  4. Antomarchi Anne

    Merci Thomas pour cette excellente entrevue, je pourrais ajouter pour la Chine que je connais bien aussi ceci à la fin d’un reportage cette année en Chine:La Chine protectrice de la Biodiersité:

    Achim Steiner, Directeur du Programme des Nations Unies pour l’environnement, a déclaré: La Chine démontre son engagement pour certains des principaux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui. Une transition vers une économie verte à faible taux en carbone et efficiente en ressources fait, de la gestion durable du capital naturel, l’un de ses objectifs prioritaires. Elle vit actuellement l’un des changement le plus dynamique de l’histoire humaine, ce qui a des implications considérables en termes de demande et d’utilisation des ressourves environnementales. Le concep de “société harmonieuse” est l’objectif ultime des dirigeants chinois. L’idée est de construire un concept harmonieux entre les êtres humains et la nature, garantissant un développement durable. Aujourd’hui, les autorités locales ont créé 5 réserves et 3 stations pour la reproduction artificielle et la remise en milieu naturel des poissons. Environ 5 millions d’esturgeons chinois ont été libérés. Source: CRI Selon l’Agence Sccience -Presse du 16 novembre 2010.

    Dernières nouvelles: On oublie généralement de souligner les efforts de la Chine pour protéger l’environnement, au point où une annonce qui aurait fait les manchettes, si elle était venue des U.S.A, est passée complètement en dehors des écrans radars: Pres d’un quart du territoire chinois pourrait être classé réserve protégée. L’annonce provient du premier plan national de protection de la biodiversité parue le 18 octobre. Le plan s’appuie en partie sur des recommandations de l’organisme américain “Nature Conservancy” il identifie 32 zones prioritaires couvrant 23% du pays. À lire sur:
    http://anne-antomarchi-autour-du-monde.over-blog.net/
    Merci aussi à Monsieur Alexandre Kateb , oui la Russie a beaucoup à offrir, et c’est un magnifique pays. Je vais visiter votre blog. Bon samedi.

    Réponse

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